Le lendemain de notre visite à Besançon, nous sommes allés à Arc et Senans, où on peut voir la Saline Royale de Chaux. Ce lieu constitue un témoignage unique de l'architecture industrielle du siècle des Lumières, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1983.

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Construite de 1775 à 1779, la Saline Royale utilisait le bois de la forêt de Chaux pour évaporer la saumure. Depuis l'ancienne saline de Salins-les-Bains, à 20 km, celle-ci parvenait, par une canalisation, jusqu'aux bâtiments des Graduations, au bord de la Loue.

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L'architecte, Claude-Nicolas Ledoux conçut son projet comme un ensemble complet.
Il comprend onze bâtiments, dont cinq abritant les ateliers et logements des ouvriers,
disposés en un immense demi-cercle, centré autour du logement du directeur.

Emprisonné pendant la Révolution, Ledoux imagina, à partir de la Saline,
la "cité idéale de Chaux", restée à l'état de pur projet.

Autour de la saline royale, Ledoux formalisa ses conceptions innovantes d'un urbanisme et d'une architecture chargée de symboles et de significations, destinés à rendre la société meilleure, d'une Cité Idéale. Il est considéré comme l'un des précurseurs du courant Utopiste.

Utopiste radical de l'architecture, il créé un singulier ordre architectonique, une nouvelle colonne formée d'une alternance de pierres cylindriques et cubiques superposées à l'effet plastique saisissant.

Reconnu comme un visionnaire par le cubisme, le surréalisme ou le postmodernism, Ledoux est désormais considéré comme l'un des tout premiers architectes de son temps.

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Le bâtiment des Gardes

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La seule entrée possible pour tous les hommes et les matières premières dans la Saline. Tous ceux qui entraient et sortaient étaient soigneusement contrôlés par les gardes de l’usine et toute fraude, toute contrebande, réprimée très durement. Cette entrée étonne par son porche très ornementé: une fausse grotte protégée par 8 colonnes doriques, simples, lisses et sans base.

La signification la plus évidente de cette entrée est qu’ici la forme doit laisser deviner la fonction des lieux (les blocs chaotiques: le sel gemme, la saumure qui s’écoule des urnes renversées, les colonnes sentinelles qui surveillent la matière première...).

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Le bâtiment du directeur

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Cruciforme, ce bâtiment est le point le plus fort de la composition. Il atteste de la puissance, du pouvoir, de l’autorité des commanditaires. Son portique, composé de rares colonnes doriques dites "à bossages", des tambours cubiques et cylindriques alternés, est surmonté d'un fronton triangulaire percé d'un oculus, oeil symbolique et omniscient, de la connaissance, de la surveillance. L'effet dominant de l'édifice est encore accentué par le lanternon qui surélève la toiture.

La Saline sera plus ou moins délaissée à la fin du XIXème siècle et de nombreux dommages, des dégradations atteindront le bâtiment qui ne sera pas reconstruit exactement à l'identique. La foudre en 1918 détruira entièrement l'intérieur des lieux et en 1926, un geste de vandalisme fera sauter les colonnes du portique.

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Les Bernes (ateliers de cuisson)

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Dans chacune des BERNES, 4 poêles suspendues à des poutres transversales et placées au-dessus des fourneaux chargés du bois de la Forêt de Chaux, laissaient évaporer la saumure selon une procédure bien gérée, un temps de cuisson bien adapté, une manipulation délicate et un travail exténuant pour les ouvriers.